L’austérité win-win va finir par s’en prendre une...

Les agités du profit maximal ont plongé le monde dans la mouise, les populations ont banqué pour éviter le pire, et on prétend aujourd’hui les ponctionner pour «revenir à l’équilibre», comme si rien ne s’était passé. Ca c’est du win-win!

Edito de Nico Cué, 6/09/2010.

On vit une époque formidable. Sur les 400 nouveaux travailleurs engagés ces derniers mois par Caterpillar, à Gosselies, 150 sont des emplois «Activa-Win-win». Traduction : des emplois payés en grande partie par la Sécurité sociale. Caterpillar se frotte les mains et rigole de l’aubaine, déclarant que l’entreprise aurait engagé ces travailleurs même sans win-win.

Posons la question clairement : peut-on se résoudre à accepter sans broncher qu’une multinationale aux millions d’euros de bénéfices se voie accorder gracieusement par le gouvernement le droit de puiser dans la caisse de la collectivité et de faire payer aux travailleurs une partie de leurs propres salaires ?

Au-delà du cas de Caterpillar, va-t-on indéfiniment tolérer la mise en œuvre de mécanismes d’appauvrissement systématique et de détricotage de notre Sécu ?

Il est urgent de soulager la pression toujours plus grande qui pèse sur le travail et de mettre à contribution, enfin, vraiment, le capital, la spéculation, les bénéfices.

En cette rentrée de tous les dangers, c’est pourtant exactement le contraire que l’on nous prépare. Les apôtres du serrage de ceinture se bousculent pour nous annoncer l’incontournable austérité, la rigueur salvatrice, bref la saignée qui nous attend, seule à pouvoir nous sauver du gouffre de l’endettement, de la déconfiture des finances publiques. Nous, c'est-à-dire toujours les mêmes : les travailleurs, les pensionnés, les allocataires sociaux.

La FEB (Fédération des entreprises de Belgique) vient de le résumer de manière limpide, la bouche en cœur et pour notre bien à tous : il va falloir sabrer. Sabrer dans les salaires, les pensions et les emplois des fonctionnaires, réduire, réduire, encore réduire les dépenses publiques – haro sur les soins de santé ! – et, simultanément, comme c’est original, relever l’âge de la pension et de la prépension.

Cette austérité que l’on nous mitonne partout en Europe est une gifle aux millions de citoyens appauvris, précarisés par la crise, qui assistent médusés à la reprise du «business as usual» et aux ballets indécents de financiers qui renouent avec des bénéfices pharaoniques. Les agités du profit maximal ont plongé le monde dans la mouise, les populations ont banqué pour éviter le pire, et on prétend aujourd’hui les ponctionner pour «revenir à l’équilibre» (sic), comme si rien ne s’était passé. Ca c’est du win-win !

Il faut renverser la tendance. Mettre en œuvre des politiques qui rompent avec le capitalisme, avec le racket systématique de la collectivité par une minorité. A la fausse fatalité de l’austérité et de la réduction des dépenses, nous opposons l’opportunité de recettes nouvelles profitant à tous. Les instruments sont connus : impôt sur la fortune ; taxation des transactions financières ; offensive radicale contre la fraude fiscale et la spéculation (qui représente, à l’échelle mondiale, plusieurs fois la totalité des richesses produites sur la planète !) ; suppression des cadeaux fiscaux et des intérêts notionnels ; suppression des paradis fiscaux. Entre autres.

Ce sera le sens de notre mobilisation pour la manifestation européenne du 29 septembre prochain à Bruxelles contre l’austérité, et avant cela, le 15 septembre, pour des pensions dignes de ce nom. Ce sera le sens de notre action pour les mois à venir : nous opposerons aux diktats des «marchés» la détermination des travailleurs et leur capacité d’action.

Stop à la logique du win-win permanent pour les détenteurs du capital et du perdant-perdant pour ceux qui bossent, qui chôment ou qui galèrent avec des revenus de misère.

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB