Vouloir l’utopie

Le PS n’a pas saisi l’occasion de la récente crise libéralo-capitaliste pour impulser un grand coup de barre à gauche. Est-ce vraiment impossible de se montrer ferme sur les valeurs du socialisme ?

Edito de Nico Cué, 12/02/2010.

Elio Di Rupo, le président du PS, était présent aux premiers rangs de la manifestation de Bruxelles, le 29 janvier dernier. C’était gentil, et c’est bon pour lui, ces quelques secondes d’image dans les JT.

D’ailleurs, Elio Di Rupo, lisait-on à la mi-janvier dans Le Soir, «sonne l’alarme sociale». Belle initiative. Tardive, certes, mais mieux vaut tard que jamais.

Et quand l’alarme sonne, les pompiers sortent de la caserne. Di Rupo a donc envoyé ses hommes sur le terrain. Juste avant que ne s’ébranle la manifestation syndicale pour l’emploi, quelques fantassins ont déposé une proposition de loi liant l’octroi des intérêts notionnels à une condition d’emploi. Le lundi d’après, le président Di Rupo s’est prononcé sur la question du contrôle de la disponibilité des chômeurs. En demandant… un débat. Et en prévenant que n’étant pas tout seul au pouvoir, il lui faudrait faire des compromis et qu’il n’obtiendrait pas tout.

C’est bien là le problème. Tout qui négocie quelque chose avec quelqu’un, hors les cas de rapport de force tout à fait à sens unique, sait très bien qu’en demandant 100, on obtient 75 ou 50, cela dépend. Mais quand on part négocier en demandant 50, on obtient… 25, voire moins.

Et le PS s’en va en demandant 50… Prenez les intérêts notionnels : la FGTB exige qu’on les supprime purement et simplement. Le PS dépose une proposition de loi suggérant que ce mécanisme soit lié au maintien de l’emploi, tout en expliquant d’ailleurs que cette proposition de loi n’a aucune chance de passer au Parlement, «à cause des autres ». Soit. Mais à la région wallonne, où le PS est en position de force et où il détient, à ce chapitre, les bons portefeuilles, on ne parle curieusement pas de lier clairement mais strictement les aides économiques au maintien de l’emploi.

Prenons maintenant le contrôle de la disponibilité des chômeurs. La FGTB en demande la suspension ; le PS juge qu’on doit, on l’a vu, en « débattre ».  Faut-il vraiment encore débattre d’un mécanisme qui, après une enquête quasi policière, éjecte de leurs droits des gens qui n’ont pas d’emploi dans un monde où il n’y a plus d’emploi ? Est-ce vraiment un progrès que de proposer, en attendant, un remboursement aux CPAS de 100 % du revenu d’intégration ? Sommes-nous dans la gestion de la crise, ou dans la gestion de l’habillage de la crise ?

Le PS laisse l’impression, enfin , de donner un coup de barre à gauche. Mais en pratique, il continue à faire ce qu’il fait depuis des années : ratisser au centre, comme les autres, et, par exemple, comme le MR qui a cru bon de colorer une nouvelle fois sa doctrine d’accents «sociaux». Est-ce la bonne méthode ? Elle n’a, jusqu’ici, donné que des résultats mitigés : le maintien au pouvoir certes, mais aussi l’érosion électorale.

Le terrain des valeurs de gauche – solidarité, volonté de changement -  sont en jachère. Le PS, promoteur, dans les années nonante, des «consolidations stratégiques» et autres stratégies d’inscription dans les lois du Marché au nom du pragmatisme, n’a pas saisi l’occasion de la récente crise libéralo-capitaliste pour demander un grand coup de barre à gauche. Il a laissé passer l’occasion de remettre une partie significative du monde de la finance et de l’économie sous le contrôle de l’Etat, donc des citoyens. Pis, même : on peut commencer à se demander si sa gestion de la crise n’a pas, au bout du compte, fini par remettre en selle un système au bord de la ruine.

Est-il vraiment impossible de donner ce grand coup à gauche ? Est-ce trop demander qu’une affirmation forte de nos valeurs, de nos positions ? Est-ce rêver que de souhaiter que les compromis indispensables se fassent après, et non avant ? Est-ce une utopie de penser que le PS doive, d’abord, se montrer ferme sur les valeurs du socialisme ?

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB