AIP : un « oui mais… » qui n’est pas une… libération !

Les négociateurs de la FGTB ont tenu leur mandat. Un projet d’accord interprofessionnel pour les années 2017 et 2018 a été négocié. Cependant ce compromis possible n’est pas à la hauteur des besoins sociaux et des enjeux de l’heure. Les salaires seront dégelés, certes. La compétitivité des entreprises va exploser. Mais pas au profit de l’emploi…

Edito de Nico Cué, 3/02/2017.

(siehe Deutsche Fassung unten)

1,1% : cette marge maximale a été arrêtée pour l’évolution des salaires dans les deux prochaines années. S’y ajouteront l’évolution barémique et l’indexation. Parallèlement, les principales conventions organisant la fin de carrière ont été prolongées de manière à maintenir des dérogations au régime général. Un accord socialement équitable a été trouvé pour distribuer l’enveloppe consacrée à la liaison des allocations sociales au « bien-être »… Mais celle-ci avait été rabotée de 40% par le gouvernement ! Enfin, les interlocuteurs sociaux réunis au sein du « Groupe des dix » se sont accordés sur un message au gouvernement fédéral fixant un périmètre de questions  sur lesquelles ils veulent garder la main.

Cet accord ne soulève aucun enthousiasme. Il contient, certes, quelques éléments de solidarité à l’endroit de travailleurs fragilisés mais il ne permettra pas, dans les entreprises, une redistribution de la richesse raisonnable ou rationnelle pour ceux qui la produisent. Après le blocage des salaires et le saut d’index, la croissance des salaires sera rachitique. Mieux que rien, sans doute.

Les chiffres d’Afin-A nous indiquent pour l’exercice 2015, la masse salariale annuelle moyenne par équivalent temps plein (ETP) dans les quelque 400.000 entreprises belges qui ont déposé leur compte à la BNB s’est élevée à presque 53.000 €. L’AIP devrait améliorer ce « pouvoir d’achat brut » de 583 € (à peine 45 € par mois). Or, en 2013, ce même indicateur s’élevait à plus de 56.600 €. Pour la première fois depuis la crise financière de 2008, cette masse salariale moyenne par équivalent temps plein a reculé sous l’effet des politiques du gouvernement des droites NV-A et «des toutous suiveurs » et en 2014 et en 2015. En deux ans, la masse salariale moyenne par ETP s’est contractée de… 3.900 €. Hors indexation, l’AIP 2017-2018 permettra de récupérer à peine un sixième de ce recul salarial.

Cet accord consacre une régression supplémentaire : la norme sera dorénavant obligatoirement maximale. Nous avons toujours été opposés à la loi de 1996 pour la promotion de l’emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité. Elle n’a jamais promu l’emploi et le patronat s’est en permanence étranglé quant à la compétitivité des entreprises qu’elle n’aurait jamais garantie. Et puis, le gouvernement a fait litière… de la garantie de l’indexation qu’elle contenait.

L’accord a été négocié dans un cadre nouveau ; celui d’une loi qui va être modifiée ! Et durcie… La norme salariale calculée sur base de la loi de 96 contestée nous aurait été plus beaucoup plus favorable ! Et cela alors que tout le monde admet que la Belgique n’a pas (plus ?) de problème de compétitivité. Même le patronat qui, pour justifier le contingentement des salaires, semble prêt à remonter à la « Muette de Portici » pour mesurer l’ « écart historique » de notre compétitivité par rapport à nos voisins.

Par ailleurs, rappelons que la ponction actionnariale (87 % en moyenne sur les années 2013, 2014 et 2015 !) pèse évidemment sur la compétitivité des entreprises mais aucunement dans le calcul de celle-ci qui sert à fixer la norme des salaires. Emploi et salaires sont devenus les variables d’ajustement de la rémunération du capital … La « compétitivité » sert de prétexte.
Ces éléments étaient connus au moment de la définition du mandat de nos négociateurs. Il n’en a pas été tenu compte. Pas plus qu’il n’a été jugé nécessaire de doter ces derniers du minimum de rapport de force pour obtenir plus. Toutes choses restant égales, les prochains accords ne seraient donc pas plus fructueux.

Cet accord n’est pas un armistice. Il ne garantit aucune paix sociale dès lors que le gouvernement entend poursuivre le pilonnage et les tapis de bombes sur les conquêtes de plus d’un siècle de résistance ouvrière : la destruction des services publics et la ruine de la sécurité sociale qu’annonce la réforme de son financement, notamment. Par ailleurs, une virgule modifiée au texte lèverait des engagements qui ne concernent que l’AIP.

L’aval de la FGTB alors que la CSC s’était interrogée sur l’opportunité de rester à la table de négociation à l’automne dernier, est cohérent avec la stratégie qu’elle a déployée au fil des derniers mois. Il conviendrait de l’évaluer en fonction des résultats et des enjeux sociaux actuels.

Nico Cue
Secrétaire général

[1]  La lutte contre le « burn-out », la simplification de la législation sociale, l’organisation du travail, la digitalisation, l’économie collaborative,  la mobilité, les restructurations (la modification de la loi « Renault »), la dégressivité du salaire des jeunes…

[1] Voir Jacques Généreux, « La déconnomie », Seuil, 2016. Page 98 : « Quels que soient les efforts qu’ils ont consentis, des années durant, les collectivités et les sous-traitants servent de tampon amortisseur à chaque ralentissement conjoncturel, et restent à la merci d’une fermeture pure et simple des sites de production ; ce sont donc eux, en réalité, qui supportent le risque économique, et eux qui, c’est le comble, doivent payer aux actionnaires le prix du risque que ces derniers n’assument plus ! Voilà pour le premier pilier soutenant la justification économique du profit : dans le capitalisme actionnarial, celui-ci n’est pas le revenu final et incertain de l’entrepreneur qui prend le risque d’investir son capital : c’est un revenu minimal garanti, une rente prélevée a priori par les actionnaires sur le reste de la société, comme prix de la mise à disposition d’un capital parfaitement mobile. »

 

Überberufliches Abkommen: ein « ja, aber… » und keineswegs … befreiend!

Die Verhandlungsführer der FGTB haben ihr Mandat erfüllt. Es wurde der Entwurf eines überberuflichen Abkommens für die Jahre 2017 und 2018 ausgehandelt. Dieser mögliche Kompromiss ist jedoch den heutigen Herausforderungen und sozialen Bedürfnissen nicht gewachsen. Der Lohnstopp wurde aufgehoben, gewiss.  Die Wettbewerbsfähigkeit der Unternehmen wird rapide ansteigen. Aber nicht zugunsten der Beschäftigung…  


1,1%: Dies ist der höchstmögliche Lohnzuwachs in den beiden nächsten Jahren. Dazu kommt die Indexsteigerung.  Parallel dazu wurden die wichtigsten Vereinbarungen in Bezug auf das Laufbahnende verlängert und die Abweichungen vom allgemeingültigen System beibehalten.   Aufgrund eines sozial ausgewogenen Abkommens soll dazu beigetragen werden, die sozialen Leistungen an das « Wohlbefinden » anzubinden… Diese Mittel wurden jedoch vorher von der Regierung um 40% gekürzt! Und die in der « Zehnergruppe » versammelten sozialen Gesprächspartner haben sich schließlich über eine Mitteilung an die föderale Regierung geeinigt, in der die Themen aufgestellt werden, die sie unter ihrer Kontrolle behalten möchten.

Dieses Abkommen ruft keine Begeisterung hervor. Es zeigt sich zwar durchaus solidarisch mit risikoanfälligen Beschäftigten, wird jedoch den Unternehmen nicht ermöglichen, den Wohlstand gerecht unter denjenigen zu verteilen, die ihn erzeugen. Nach dem Lohnstopp und dem Indexsprung wird es nur kümmerliche Lohnzuwächse geben. Vermutlich besser als nichts.  

Aus der Afin-A-Statistik geht hervor, dass die durchschnittliche jährliche Lohnmasse im Geschäftsjahr 2015 pro Vollzeitäquivalent in den knapp 400.000 belgischen Unternehmen, die ihre Jahresrechnung bei der BNB hinterlegten, auf fast 53.000 € angestiegen ist. Dank dem ÜA müsste sich die «Bruttokaufkraft» um 583 € verbessern (knapp 45 € pro Monat). Im Jahr 2013 belief sich dieser Indikator jedoch auf über 56.600 €. Erstmalig seit der Finanzkrise 2008 ist die durchschnittliche Lohnmasse pro Vollzeitäquivalent infolge der rechten Politik der NVA-Regierung und «Mitläufer» 2014 und auch 2015 zurückgegangen. In einem Zeitraum von nur zwei Jahren ist die durchschnittliche Lohnmasse pro Vollzeitäquivalent um …3.900 € geschrumpft. Indexbereinigt ermöglicht das überberufliche Abkommen 2017-2018, nur knapp ein Sechstel dieses Entgeltrückgangs aufzufangen.

Dieses Abkommen besiegelt einen zweiten Rückgang: Die Norm ist ab jetzt zwingend eine Höchstnorm. Wir waren schon immer gegen das Gesetz aus dem Jahre 1996 zur Beschäftigungsförderung und zur vorbeugenden Wettbewerbserhaltung. Dieses Gesetz hat die Beschäftigung nie gefördert, und die Arbeitgeber haben sich ohne jede Gewähr auf die Wettbewerbsfähigkeit der Unternehmen versteift und dadurch selbst eingeengt. Und dann hat die Regierung auch noch die darin enthaltene gesetzliche Garantie der Einkommensindexierung aufgelöst.

Das Abkommen wurde im völlig neuen Rahmen einer anstehenden Gesetzesänderung ausgehandelt! Und verhärtet… Ein aufgrund des umstrittenen Gesetzes 96 berechneter Lohnstandard wäre für uns weitaus günstiger gewesen! Und dies, obwohl inzwischen allgemein anerkannt wird, dass Belgien keine Wettbewerbsprobleme (mehr?) hat. Sogar die Arbeitgeber sind offenbar bereit, bis zur « Stummen von Portici » zurückzugehen, um das « historische Gefälle » zwischen unserer Wettbewerbsfähigkeit und der unserer Nachbarn herauszustreichen, und damit die Lohnkontingentierung zu rechtfertigen.

Im Übrigen belasten die Ansprüche der Aktionäre (87% der Gewinne belgischer Unternehmen in den Jahren 2013, 2014 und 2015!) die Wettbewerbsfähigkeit der Unternehmen besonders schwer, jedoch keineswegs deren Berechnung zur Ermittlung des Lohnstandards. Beschäftigung und Lohn sind inzwischen Variablen zur Anpassung der Kapitalrendite … Die « Wettbewerbsfähigkeit » dient nur als Vorwand.

Dies war bei der Aufstellung des Mandats unserer Verhandlungsführer durchaus bekannt. Es wurde jedoch nicht berücksichtigt. Genauso wenig hat man sich bemüht, aufgrund des minimalen Kräfteverhältnisses mehr zu erreichen. Bei sonst unveränderten Bedingungen werden die künftigen Abkommen daher kaum günstiger ausfallen.
Dieses Abkommen ist kein Waffenstillstand. Es garantiert keinen sozialen Frieden, da die Regierung durchaus die Absicht hat, die nach mehr als einem Jahrhundert währenden Arbeiterkampf errungenen Besitzstände weiter unter einem Bombenteppich zu begraben. Die Zerstörung der öffentlichen Dienste und der Ruin der sozialen Sicherheit, die insbesondere mit der angekündigten Finanzierungsreform anstehen, sind nur Beispiele dafür. Übrigens könnten mit einer einzigen Kommaverlegung die nur das überberufliche Abkommen betreffenden Verpflichtungen aufgehoben werden.

Die Zustimmung der FGTB, während die CSC im letzten Herbst erwog, den Verhandlungstisch zu verlassen, entspricht deren Strategie der letzten Monate. Es ist angemessen, diese im Verhältnis zu den Ergebnissen und heutigen sozialen Herausforderungen zu überdenken.

Nico Cue
Generalsekretär der MWB

[1] Siehe Jacques Généreux, « La déconnomie », Seuil, 2016. Seite 98: « Unabhängig von ihren jahrelangen Zugeständnissen dienen die Gebietsköperschaften und Subunternehmer bei jedem Konjunkturabschwung als Stoßdämpfer, und sind weiterhin den Standortschließungen der Produktionsstätten gänzlich ausgeliefert. Sie sind also diejenigen, die das Wirtschaftsrisiko wirklich tragen und die – das ist der Gipfel – den Aktionären den Preis für das Risiko zahlen, das diese nicht mehr zu übernehmen bereit sind! Dies zu ersten Säule, die den wirtschaftlichen Profit rechtfertigen soll: In einem System des Aktionärskapitalismus ist dieser nicht das engültige und ungewisse Einkommen des Unternehmers, der sein Kapital mit Risiko investiert, sondern das garantierte Mindesteinkommen, eine vorher von den Aktionären von der restlichen Gesellschaft bezogene Rente – als Preis für das gänzich mobile bereitgestellte Kapital. »