Une éthique sélective contre la démocratie

Par un beau lundi d’un printemps tirant sur sa fin, Benoît Lutgen a fondu un plomb, pété un câble. Dans son parti, il ne s’est trouvé personne pour le retenir. Le freiner. Le raisonner. En coupant le courant, le CDH a brutalement plongé dans le noir les gouvernements de Wallonie, de Bruxelles et de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Edito de Nico Cué, 10/07/2017.

(siehe Deutsche Fassung unten)

Situation inédite. L’instabilité créée sera proportionnelle à l’impréparation d’une manœuvre aventureuse. En procédant comme il l’a fait, c’est la démocratie qui se trouve court-circuitée. Pour des principes éthiques ? Ça glousse dans les chaumières…

Il apparaît qu’aucune majorité alternative n’a été construite préalablement ni même préparée. Lutgen renverse la table et puis… il improvise. Il n’y a qu’en Région wallonne qu’une coalition sans le PS semble pouvoir s’imposer aisément.  Et encore ! Cette réalité traduit un mépris inouï à l’endroit de Bruxelles et de la Communauté française. Ils sont les dégâts collatéraux de la punition à infliger à la Wallonie.

Toutes les politiques au sud du pays sont passées instantanément au point mort à mi-législature. Le CDH fait payer à l’enseignement, au non-marchand, à la politique industrielle, au budget wallon comme à l’ensemble des compétences régionales et communautaires gérées au sud du pays le prix fort de ses indignations sélectives à l’endroit d’un partenaire touché par une succession d’affaires. Ces scandales sont liés à des comportements individuels parfois érigés en système mais certains mandataires toujours actifs du CDH n’ont pas moins profité ! Le CDH évite de le rappeler.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur les explications de cette légèreté politique et sur la futilité de ses motivations.

La réalité, c’est que les héritiers du parti de VDB ont littéralement pris en otage le sud du pays pour le livrer tout cru à la droite. Ils concrétisent ainsi le plan rêvé par Reynders en 2007. En juin de cette année-là, les élections régionales sont remportées haut la main par le MR. Le soir même, les écrans de télévisions sont trop étroits pour contenir toute l’ambition du président de l’époque, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères. Reynders triomphe, il exulte, en annonçant que le « centre de  gravité politique a changé ».  « Pour la première fois depuis l’instauration du suffrage universel, le PS n’était plus la première force politique en Belgique francophone », constate en effet le politologue de l’ULB, Pascal Delwit.

Pourtant, le patron du MR qui s’est ensuite rêvé vainement bourgmestre de Liège avant de migrer vers… Uccle, échouera à transformer son triomphe électoral en participation gouvernementale. Didier Reynders, aujourd’hui miraculé du Kazakgate, comparait, alors, la Wallonie à un « Etat soviétique » et vouait à la présidente du CDH une sourde inimitié confinant à une forme de haine ordinaire. A défaut d’avoir le succès modeste, il a dû apprendre à mieux gérer ses déconvenues…

Le centre vend son âme à la droite
En 2009, le « momentum bleu » était passé : le PS est crédité de 32,77% en Région wallonne (le MR était à 23,41% et le CDH à 16,14%). Comme en 2014, quand Charles Michel en fera l’expérience en Région wallonne toujours. Les frustrations libérales se sont approfondies depuis.

Benoît Lutgen a choisi de les rencontrer aujourd’hui et de les compenser en proposant de ramener au pouvoir en Wallonie le parti francophone qui en a le plus blessé les intérêts au fédéral. Il le fait à un moment où son parti comme le PS sont affaiblis dans les sondages. Sans attendre le scrutin de 2019… Au passage, il fait basculer le « centre de gravité » des « humanistes » très à la droite du… centre. Pour mener en Wallonie une politique semblable à celle menée au gouvernement fédéral, politique que les chrétiens démocrates francophones ont parfois condamnée…

Sur quelle légitimité électorale, Benoît Lutgen fonde-t-il sa démarche ? Son parti a recueilli à Bruxelles et en Wallonie 358.507 suffrages sur un total de votes valables de 2.509.814 (14,3% des bulletins déposés moins les blancs et les nuls). Dans les sondages de printemps, il n’était plus crédité que de 10%...

S’il devait constituer une majorité avec le seul MR à Namur, la majorité parlementaire serait sans doute étriquée (38 sièges sur 75) mais elle constituerait un recul de représentativité électorale : cette coalition des droites représenterait 41,86% des votes valables (alors que la majorité PS-CDH sabordée par Lutgen représente 46,07% de ceux-ci).

Charles Michel a marginalisé la Wallonie, minorité démographique dans l’Etat Belgique, dans un gouvernement massivement flamand. Le CDH entend achever le travail en écartant du pouvoir régional wallon les partis de gauche qui sont en progression dans les sondages (et cela en dépit des reculs sérieux du PS).

En ce sens, les états d’âme et le coup politique de Benoît Lutgen font reculer la démocratie wallonne pour les beaux yeux de la droite libérale et flamande.

Nico Cué
Secrétaire général



Selektive Ethik gegen Demokratie

An einem schönen Spätfrühlingsmontag brannte bei Benoît Lutgen eine Sicherung durch. In seiner Partei fand sich niemand, um ihn zurückzuhalten, ihn zu bremsen. Zur Räson zu bringen. Durch die Kurzschlussreaktion der CDH wurden die Regierungen der Regionen Wallonie und Brüssel, sowie die Gemeinschaftsregierung der Föderation Wallonie-Brüssel in tiefes Dunkel getaucht. Es war eine noch nie dagewesene Situation. Und so steht die daraus resultierende Instabilität auch im direkten Verhältnis zur Unbedachtheit der abenteuerlichen Handlung. Durch seinen Schritt hat der Parteichef die Demokratie außer Gefecht gesetzt. Im Namen moralischer Grundsätze? Böses Kichern im Hintergrund ...

Wie sich herausstellt, wurde im Vorfeld keine alternative Mehrheit gebildet, ja nicht einmal vorbereitet. Lutgen wirft den Tisch um und ... improvisiert. Nur in der Wallonischen Region scheint eine Koalition ohne die PS sich ohne Schwierigkeiten durchsetzen zu können. Und noch! Diese Feststellung zeugt von einer unerhörten Geringschätzung gegenüber Brüssel und der Französischen Gemeinschaft. Eigentlich sollte ja die Wallonie bestraft werden – doch die übrigen Instanzen baden die Kollateralschäden aus.
Alle Politiken im Süden des Landes sind, zur Hälfte der Legislaturperiode, mit einem Mal an einen toten Punkt gelangt. In einem Rundumschlag lässt die CDH das Unterrichtswesen, den nicht marktbestimmten Sektor, die Industriepolitik, den wallonischen Haushalt, sowie sämtliche regionale und gemeinschaftliche Zuständigkeitsbereiche im Süden des Landes den Preis für ihre selektive Empörung gegenüber einen einzelnen Partner bezahlen, der durch eine Reihe von Affären in die Schlagzeilen geraten ist. Die angeprangerten Skandale stehen im Zusammenhang mit individuellen Verhaltensweisen, die in gewissen Fällen systematisiert wurden – doch haben einige nach wie vor aktive Mandatsträger der CDH davon nicht in geringerem Maße profitiert! Die CDH vermeidet allerdings tunlichst, daran zu erinnern.

Über diese politische Gewissenlosigkeit und die Belanglosigkeit der Beweggründe ist schon vieles gesagt und geschrieben worden.
Tatsache ist, dass die parteipolitischen Erben von Van den Boeynants den Süden des Landes regelrecht als Geisel genommen haben, um ihn alsdann, ohne jeden Skrupel, der Rechten auszuliefern. So konkretisieren sie den Plan, von dem Reynders bereits 2007 träumte. In jenem Juni vor 10 Jahren ging die MR als haushoher Sieger aus den Regionalwahlen hervor. Am Abend der Wahl waren die Fernsehschirme zu klein für den Umfang der Ambitionen des damaligen Parteipräsidenten und heutigen Außenministers. Auf dem Gipfel des Triumphes frohlockte Reynders, dass „der politische Schwerpunkt sich verlagert“ habe.  „Zum ersten Mal seit Einführung des allgemeinen Wahlrechts ist die PS nicht mehr stärkste politische Kraft im französischsprachigen Belgien“, stellte auch Pascal Delwit, Politikwissenschaftler an der ULB, fest.

Doch der MR-Chef, der nach seinen erfolglosen Bemühungen um das Amt des Bürgermeisters von Lüttich nach ... Uccle emigrierte, konnte seinen Wahlsieg nicht in eine Regierungsbeteiligung ummünzen.  Didier Reynders, heute wundersamer Überlebender der Kazachgate-Affäre, verglich damals Wallonien mit einem „Sowjetstaat“ und brachte der CDH-Vorsitzenden unterschwellige, fast an Hass grenzende Feindseligkeit entgegen. In Ermangelung bescheidener Erfolge musste er lernen, mit Enttäuschungen umzugehen ...

Die Mitte verkauft der Rechten ihre Seele
Schon 2009 war der „blaue Elan“ wieder vorbei: Die PS erzielte in der Wallonischen Region ein Ergebnis von 32,77% (die MR lag bei 23,41% und die CDH bei 16,14%). 2014 musste Charles Michel in der Wallonischen Region die gleiche Erfahrung machen. Seither hat der liberale Frust nur weiter zugenommen.

Benoît Lutgen hat beschlossen, Balsam auf die Wunden zu streichen, indem er verspricht, genau die französischsprachige Partei, die den wallonischen Interessen auf der Föderalebene am meisten geschadet hat, in Wallonien wieder an die Macht zu bringen. Er tut dies zu einem Zeitpunkt, wo seine Partei aus den Umfragen ähnlich geschwächt hervorgeht, wie die PS. Er tut es, ohne die Wahlen von 2019 abzuwarten. Und nebenbei verschiebt er den Schwerpunkt der „Zentrumshumanisten“ spürbar nach rechts. Nur um in der Wallonie eine ähnliche Politik zu betreiben, wie in der Föderalregierung – eine Politik, welche die französischen Christdemokrate zuvor doch mehr als einmal verurteilt hatten ...

Auf welche durch Wahlen belegte Legitimität stützt Benoît Lutgen seinen Schritt? In Brüssel und der Wallonie erhielt seine Partei 358.507 von insgesamt 2.509.814 gültigen Stimmen (14,3% der abgegebenen Stimmzettel, abzüglich der weißen und der ungültigen). In den Frühjahrsumfragen erzielte sie nicht einmal mehr 10% ...

Wenn die CDH in Namur eine Mehrheit nur mit der MR bilden wollte, wäre diese Mehrheit zweifellos überaus knapp (38 von 75 Sitzen) und zugleich weniger repräsentativ für den Willen der Wähler: Diese rechte Koalition würde 41,86% aller gültigen Stimmen auf sich vereinen (während die von Lutgen abgesägte PS-CDH-Mehrheit auf 46,07% käme).

Charles Michel hat die Wallonie zu einer demografischen Minderheit im belgischen Staat unter einer überwiegend flämischen Regierung marginalisiert. Die CDH ist nun eifrig bemüht, diese Arbeit zu vollenden, indem sie die linken Parteien, die (trotz der deutlichen Rückgänge bei der PS) in den Umfragewerten zulegen, von der wallonischen Regionalregierung ausschließt.
Insofern versetzen die Gemütszustände und der politische Coup des Benoît Lutgen der wallonischen Demokratie einen schweren Schlag – sehr zur Freude der Liberalen und der flämischen Rechten.

Nico Cué
Generalsekretär