Vous êtes tous des salopards : merci !

Les Métallos de Wallonie et de Bruxelles ont tenu leur troisième congrès ces 4 et 5 septembre. Et pour la troisième fois, vous tous, mes camarades, vous m’avez confié – vous nous avez confié à Angelo, Najar et moi - les clefs de la maison.

Edito de Nico Cué, 12/09/2014.

(siehe Deutsche Fassung unten)

C’est un immense honneur, merci. Et, comme je l’ai dit dans mon discours de clôture, vous êtes des salopards, parce que c’est un sacré défi. Je sais – et vous le savez aussi – que ce troisième mandat sera encore plus dur que les deux autres. La crise démarrée en 2007 a cassé nos foyers. Et le capitalisme qu’on croyait à terre est au contraire plus puissant que jamais, lui qui a pu s’organiser au-delà des frontières. C’est d’ailleurs son plus extraordinaire paradoxe, à ce capitalisme : il organise, encore et toujours, les guerres entre les peuples, mais ses chefs se tendent toujours la main pour mieux nous exploiter.

Nous avons, tout au long de ces deux jours de congrès, démonté les mécanismes du partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, le PTC I. Nous avons vu comment les Etats d’Europe et d’Amérique du Nord se préparent à baisser leur culotte pour donner les rênes de l’économie, du social et de nos vies à la finance. Nous avons compris l’ampleur du combat qu’il faudrait à nouveau livrer. Vous m’avez choisi, bande de salopards, pour le mener à votre tête. Merci encore, parce que c’est la récompense de toute une carrière à la recherche de la justice, de l’équité, du mieux-être de tous les travailleurs de tous les pays.

Ca ne me donne pas le gros cou, et notre centrale ne doit pas se le donner. De restructuration en restructuration, les métallos ont cessé d’être les grosses divisions de l’armée  prolétaire. Mais nous en sommes restés, tout le monde en convient, le fer de lance. On nous en veut parfois d’être remuants, mais on nous en remercie souvent, parce qu’au-delà de cela nous sommes restés cohérents et crédibles, et crédibles parce que cohérents, avec une ligne de conduite unique : se battre parce qu’il n’y a pas de fatalité, se battre parce que résister est une option qui conduit plus loin que de se résigner. Se battre au risque d’être battus mais au moins, comme le dit la chanson, «sans remords ni regrets».

Se battre de manière structurée

Nous avons, c’est vrai, parfois, tendance à foncer tête baissée. C’est le prix de l’enthousiasme que nous avons à défendre nos valeurs, mais c’est un prix parfois un peu lourd.

Se battre d’abord chez nous. La FGTB a tout de même perdu quelques plumes ces dernières années, parce que, de manière imperceptible au quotidien mais sournoise sur le long terme, le centre de décision s’y est déplacé, quittant nos ateliers pour les cercles de l’appareil syndical. De quoi la plupart des responsables de notre beau syndicat s’occupent-ils ces jours-ci, alors que tous savent que la démocratie interne peut tout régler ? Alors que tous savent aussi que, pendant ce temps, le fils Michel et ses copains nous préparent cinq années à côté desquelles le tandem Martens-Gol, le plan global ou le pacte des générations seront de la gnognotte ?

Se battre aussi dehors, bien sûr. Du Moyen-Orient à l’Ukraine, les bruits de bottes s’amplifient. On commémore en série deux grandes guerres qui furent des boucheries, on en fait presque une superproduction, mais on oublie, bien sûr, que tant en 14 qu’en 40, c’est d’abord le capitalisme qui avait pris la décision de solder dans le sang des travailleurs les problèmes de son système absurde. N’est-on pas dans le même trip ? Les acquis démocratiques, comme la concertation sociale, comme la représentativité du monde du travail, ne sont-ils pas remis en cause ? Il n’est pas sûr qu’il y aura une nouvelle guerre immense : il est certain que ceux qui massacrent le monde du travail vont essayer de continuer leur besogne.

De la défense de notre pouvoir d’achat et de nos conditions de travail au maintien de la paix et de l’harmonie entre les « prolétaires de tous les pays », le champ d’action est vaste. Nous allons nous y battre, dans les quatre ans qui viennent, la tête haute. Avec enthousiasme. Main dans la main avec Angelo Basile et Najar Lahouari, secrétaires généraux adjoints. Nous sommes tous, vous et moi, des salopards. C’est pour ça qu’ils veulent nous casser. Et c’est parce que nous le sommes qu’ils n’y arriveront pas.

Nico Cué, Secrétaire général


Ihr seid alles Lumpen – Vielen Dank!

Am vergangenen 4. und 5. September veranstalteten die Metaller der Wallonie und Brüssels ihren dritten Kongress. Und zum dritten Mal, liebe Kollegen, habt Ihr mir – habt ihr Angelo, Najar und mir – die Hausschlüssel anvertraut. Das ist eine riesige Ehre, für die wir Euch danken! Und wie ich in meiner Schlussrede bereits sagte – Ihr seid echt Lumpen, denn das ist eine ganz schöne Herausforderung. Ich weiß – und Ihr wisst es auch – dass dieses dritte Mandat noch schwieriger wird als die beiden vorherigen. Die Krise, die 2007 begann, hat unsere Familien, unsere Haushalte kaputt gemacht.

Und der Kapitalismus, von dem wir dachten, dass er am Boden läge, ist ganz im Gegenteil heute stärker denn je, weil er es geschafft hat, sich über die Grenzen hinaus zu organisieren. Dies ist im Übrigen das erstaunlichste Paradoxon des Kapitalismus: Er zettelt nach wie vor sämtliche Kriege zwischen den Völkern an, aber seine Macher reichen einander jedes Mal die Hand, wenn es darum geht, uns auszubeuten. Während der Gesamtdauer dieser beiden Kongresstage haben wir die Mechanismen der transatlantischen Handels- und Investitionspartnerschaft, TTIP, bloßgelegt. Wir haben gesehen, wie die Staaten Europas und Nordmerikas sich anschicken, die Hosen herunterzulassen, um die Zügel der Wirtschaft, des Sozialen und unseres gesamten Lebens der Finanzwelt in die Hand zu geben. Wir haben das Ausmaß des Kampfes erkannt, den es wieder einmal auszufechten gilt. Und Ihr Lumpen, Ihr habt mich dabei zu Eurem Anführer gewählt. Ich danke Euch noch einmal, denn ich erkenne darin die Bestätigung eines lebenslangen Einsatzes für die Gerechtigkeit, für die Gleichheit und das Wohlergehen aller Arbeitnehmer in allen Ländern.
Weder für unsere Zentrale noch für mich selbst ist dies aber ein Grund, die Nase hoch zu tragen. Von einer Umstrukturierung zur nächsten sind die Metaller heute längst nicht mehr die Panzerdivision der Proletarier-Armee – doch der Stoßtrupp der Arbeiterschaft, da sind sich alle einig, sind wir geblieben! Uns wird manchmal vorgeworfen, viel Unruhe zu stiften, doch nicht selten ist man uns auch dankbar dafür. Denn wir sind bei alledem immer uns selber treu – und nicht zuletzt genau deshalb glaubwürdig geblieben. Wir folgen immer derselben Richtschnur: Kämpfen, weil kein Schicksal unabwendbar ist, kämpfen, weil Widerstand uns weiter bringt als Resignation. Kämpfen, auf die Gefahr hin, zu unterliegen – zumindest aber mit der Genugtuung, nicht vorzeitig aufgegeben zu haben.

Wir müssen kämpfen, aber nicht planlos: Zugegebenermaßen neigen wir manchmal dazu, blindlings loszurennen. Es ist der Preis der Leidenschaft, mit der wir unsere Werte verteidigen, doch manchmal ist dieser Preis ein wenig zu hoch.
Wir müssen kämpfen, und zwar zuerst vor der eigenen Tür. Die FGTB hat in den letzten Jahren trotz allem einige Federn lassen müssen, denn auf eine im Alltag kaum spürbare, langfristig jedoch heimtückische Weise hat sich die Entscheidungszentrale von der Fabrikshalle in die Kreise des Gewerkschaftsapparates verlagert. Worum kümmern sich heute die meisten Verantwortlichen unserer schönen Gewerkschaft, obwohl sie alle wissen, dass interne Demokratie alle Probleme lösen kann? Und obwohl alle wissen, dass Michel Junior und seine Kumpane uns währenddessen einen fünfjährigen Zeitraum vorbereiten, im Vergleich zu dem das Tandem Martens-Gol, der Globalplan oder der Generationenpakt nur Kinkerlitzchen waren?

Doch natürlich müssen wir unseren Kampf auch nach außen tragen. Vom Mittleren Osten bis zur Ukraine wird das Säbelrasseln immer lauter. Wir gedenken auf fast schon überschwängliche Weise nacheinander zweier großer Kriege, die unglaubliche Gemetzel angerichtet haben. Und vergessen dabei, dass es sowohl 1914 als auch 1940 letztlich der Kapitalismus war, der die Probleme seines absurden Systems mit dem Blut der Arbeiter zu tilgen suchte. Sind wir nicht gerade wieder auf demselben Trip? Werden demokratische Errungenschaften wie die soziale Konzertierung oder die Repräsentativität der Arbeitswelt nicht gerade wieder infrage gestellt? Dass ein neuer, weltumspannender Konflikt ausbrechen wird, ist nicht sicher; gewiss ist aber, dass diejenigen, die die Arbeitswelt massakrieren, alles daran setzen werden, ihr Unterfangen erfolgreich abzuschließen.

Von der Verteidigung unserer Kaufkraft und unserer Arbeitsbedingungen bis hin zur Erhaltung des Friedens und der Harmonie zwischen „den Arbeitern aller Länder“ gibt es viel zu tun! In den kommenden vier Jahren werden wir auf diesem Schlachtfeld kämpfen - und zwar erhobenen Hauptes. Mit Leidenschaft. Hand in Hand mit unseren beiden Vize-Generalsekretären, Angelo Basile und Najar Lahouari. Wir alle, Ihr und ich, sind Lumpen. Deswegen wollen sie uns ja das Genick brechen. Aber weil wir Lumpen sind, werden sie es nicht schaffen.

Nico Cué, Generalsekretär