C’est l’heure des évaluations !

La droite gagne aujourd’hui son pari : construire sur les ruines d’un modèle social arraché aux puissances du fric au lendemain de la guerre, un nouveau monde taillé sur mesure pour les puissants, les compétitifs, les roublards… Un monde où l’inégalité s’imposerait comme norme «acceptable». La gauche patine, s’embourbe, recule. Nous sommes dos au mur. Au pied du mur ?

Edito de Nico Cué, 14/07/2017.

(siehe Deutsche Fassung unten)

Dans sa déclaration gouvernementale de 2014, la coalition des droites libérales et flamandes n’a rien caché de ses intentions réelles. Dans une déclaration à la presse économique qui date de dix ans plus tôt, Denis Kessler, responsable du patronat français, avait fixé une ligne de conduite limpide. Interrogé sur la politique que devait mener le président Sarkozy, il avait laconiquement indiqué : « Il faut défaire méthodiquement le programme du CNR. »  Le Conseil national de la Résistance avait, sous l’occupation et à l’instigation de Jean Moulin, définit le programme politique pour l’immédiat après-guerre. De Gaulle se plierait à ce programme concerté par les différentes forces de la Résistance : un projet construit sur plus de démocratie économique et sociale, une sécurité sociale développée, des services publics forts, la nationalisation de secteurs stratégiques (comme les banques et l’énergie, par exemple…), une fiscalité juste et progressive et une presse indépendante des puissances de l’argent.

Ce projet politique inouï a été mis en oeuvre à un moment où les pays d’Europe étaient en ruine !

Démonter ce qui reste de cette aspiration qui a été traduite en Belgique dans le Pacte social (1944) et surtout dans la « Déclaration de principes de la FGTB » (1945), voilà quelle était la feuille de route que se sont donnée Charles Michel et son entreprise de démolition.
A deux ans des prochaines élections, une évaluation précise des dégâts s’impose. Où en sommes-nous en termes de concertation sociale (sur les salaires, par exemple), dans la sécu  (en matière de pension, de chômage, de soins de santé)… Et dans les services publics ? En matière de justice fiscale…  Il faut affiner l’image mais l’impression générale est celle d’une catastrophe dont tout le monde ne semble pas encore avoir bien pris l’exacte mesure.
Ces politiques ont été menées au nom de l’assainissement des finances publiques. De ce seul point de vue, l’échec serait total. La dette se creuse et le budget reste creux. Quatre milliards à trouver sous le sabot d’un cheval pour 2018 et autant en 2019… Air connu. Le même refrain estival depuis trois ans ! Ce n’était pas la priorité de ce gouvernement. C’est clair !

Réduire toute forme de résistance
Dans plusieurs pays, la social-démocratie qui n’a pu protéger les franges de la population qui lui avaient donné son rapport de force est en perte de vitesse. Au point parfois de quasi disparaître des radars électoraux.

Les sondages les plus récents – certes fragiles-, annoncent que l’épidémie toucherait le pays, à la faveur de « scandales » successifs. Au sud, dans tous les cas. Mais au nord, le SP.a ne profite pas non plus de sa cure d’opposition. Devons-nous nous cacher derrière les arguments corrects de la futilité de ces mesures opportunistes de l’opinion pour fermer les yeux ?
En Wallonie, il semble que les intentions de votes à gauche progressent. Peu importe ? La droite dans toutes ses dimensions entend bien « capitaliser » sur l’affaiblissement politique que produit à gauche le morcellement ou la mue d’une nouvelle redistribution des cartes. Dans ce contexte, la responsabilité des forces sociales progressistes est évidemment considérablement accrue, s’il faut tenir bon.

Or, c’est précisément le moment choisi par la Justice - le Parquet de Liège en tous cas -, à l’entrée des congés, pour annoncer des poursuites à l’endroit de militants syndicaux. Quelles autres intentions déceler dans le choix du calendrier de cette communication que celles d’affaiblir encore la résistance sociale en tentant de discréditer l’expression d’une colère ouvrière face à la régression des droits sociaux ?

A mi-mandat, au milieu du gué, dans les sables mouvants d’un contexte politique déprimant, la stratégie qui a été celle de la FGTB jusqu’ici doit faire l’objet d’une évaluation sérieuse. L’organisation syndicale doit amener des réponses crédibles à quelques questions de fond. Les réactions syndicales ont-elles été proportionnées à la hauteur des attaques subies ? A la hauteur des enjeux réels ? A la hauteur des ambitions des militants qui, sur le terrain, font vivre et défendent, contre vents et marées, leur organisation ?

L’hypothèse stratégique de l’attente béate d’une fin d’orage semble pouvoir, dorénavant, être écartée. Celle d’une intervention de la divine providence, aussi. Rien n’indique que les rapports de forces politiques et sociaux pourraient évoluer favorablement sans réactions notre part.

Il semble évident que toutes les articulations de l’organisation doivent être impliquées au plus près dans cette évaluation qui s’impose aujourd’hui.

Nico Cué
Secrétaire général

Es ist Zeit, den Schaden zu bewerten!


De Rechte gewinnt heute ihre Wette: Aufbau einer neuen, auf die Mächtigen, Wettbewerbsfähigen und Gerissenen zugeschnittenen neuen Welt, und zwar auf den Ruinen eines den Geldmächten nach dem Krieg entrissenen Sozialmodells. Eine Welt, in der die Ungleichheit normal und durchaus « akzeptabel » ist. Die Linke gerät ins Schleudern, hängt fest, weicht zurück. Wir stehen mit dem Rücken an der Wand. Am Fuße der Wand?


In ihrer Regierungserklärung im Jahr 2014 verbarg die Koalition der rechten und flämischen Liberalen keineswegs ihre wahren Absichten. In einer Erklärung an die Wirtschaftspresse gab der französische Arbeitgeber Denis Kessler schon zehn Jahre zuvor einen klaren Kurs an. Auf die Frage, welche Politik Präsident Sarkozy umsetzen solle, antwortete er lakonisch: « Das Programm des CNR systematisch abbauen. »  Der Conseil National de la Résistance (Nationale Widerstandsrat) legte während der Besatzung auf Anregung Jean Moulins das politische Programm für die unmittelbare Nachkriegszeit fest. De Gaule hielt sich an das von den unterschiedlichen Kräften der Résistance vereinbarte Programm: ein schlüssiges, auf mehr ökonomische und soziale Demokratie, eine ausgereifte soziale Sicherheit, einen starken öffentlichen Dienst, die Verstaatlichung strategischer Wirtschaftszweige (wie der Banken- und Energiesektor,...), fortschrittliche Steuergerechtigkeit und eine von den Geldmächten unabhängige Presse beruhendes Projekt.

Dieses unvergleichliche politische Projekt wurde zu einem Zeitpunkt umgesetzt, als Europa ein einziger Trümmerhaufen war!
Der Abbau dessen, was von diesen Bestrebungen übrig blieb und in Belgien seinen Ausdruck im Sozialpakt (1944), vor allem jedoch in der « Grundsatzerklärung der FGTB » (1945) fand, genau dies ist der Fahrplan von Charles Michel mitsamt seinem Abbruchunternehmen.

Zwei Jahre vor den nächsten Wahlen ist die Zeit gekommen, den Schaden genau zu bewerten. Wo steht die soziale Konzertierung (beispielswiese zu den Entgelten), die soziale Sicherheit  (Renten, Arbeitslosigkeit, Gesundheitsfürsorge)… Und der öffentliche Dienst? Die Steuergerechtigkeit,... Die erste grobe Einschätzung lässt eine wahre Katastrophe vermuten, deren Ausmaß offenbar noch nicht von allen genau begriffen wird.

Diese Politik wurde unter dem Vorwand der Sanierung der öffentlichen Finanzen geführt. Allein aus diesem Gesichtspunkt ist sie völlig gescheitert. Die Verschuldung wächst und die Haushalte bleiben leer.  Vier Milliarden sollen für 2018 irgendwie aufgetrieben werden, und nochmal soviel für 2019...  Das kommt einem irgendwie bekannt vor. Seit drei Jahren immer wieder derselbe Sommerhit! Dies war keine Priorität für die Regierung, so viel ist klar!

Jeden Widerstand brechen
In vielen Ländern kämpft die Sozialdemokratie, der es nicht gelang, die Bevölkerungsgruppen zu schützen, der sie ihr Kräfteverhältnis verdankt, mit großen Schwierigkeiten. Mancherorts verschwindet sie sogar gänzlich vom Radar.

Die jüngsten – wenngleich noch ungewissen – Umfragen weisen darauf hin, dass das ganze Land wegen der aufeinanderfolgenden « Skandale » von der Epidemie erfasst wird. Der Süden auf jeden Fall. Aber im Norden kommt die SP.a auch nicht in den Genuss ihrer Oppositionskur. Müssen wir uns hinter den berechtigten Argumenten vor der Kurzsichtigkeit dieser opportunistischen Meinungsstrategien verschanzen und die Augen schließen?

In der Wallonie tendiert das Stimmverhalten offenbar wieder progressiv zur Linken. Auch egal? Die Rechte hegt in sämtlichen Ausführungen die entschlossene Absicht, aus der politischen Schwächung und Fragmentierung der Linken  bei der Neuverteilung der Karten «  Kapital zu schlagen ». In diesem Kontext sind die fortschrittlichen sozialen Kräfte deutlich gewachsen, um Widerstand zu leisten.

ade diesen Moment wählt die Justiz – auf jeden Fall die Lütticher Staatsanwaltschaft – um pünktlich zum Ferienbeginn die strafrechtliche Verfolgung von Gewerkschaftsaktivisten anzukündigen. Hinter dem Zeitpunkt dieser Ankündigung steckt die kaum verhehlte Absicht, den sozialen Widerstand weiter zu schwächen und zu versuchen, den angesichts des Abbaus der sozialen Rechte berechtigten Zorn der Arbeitnehmerinnen und Arbeitnehmer zu diskreditieren.

Inmitten der Amtszeit und im Treibsand eines bedrückenden politischen Klimas muss die bisherige Strategie der FGTB einer ernsthaften Evaluierung unterzogen werden. Die Gewerkschaft muss auf bestimmte Grundsatzfragen glaubwürdige Antworten geben. Entsprachen die gewerkschaftlichen Reaktionen der Schärfe des Angriffs? Den echten Herausforderungen? Dem Anspruch der Aktivisten, die ihre Gewerkschaft an der Basis unerbittlich verteidigen und lebendig halten?

Die hypothetische Strategie des Aussitzens, Wartens, bis das Gewitter ein Ende hat, kann offenbar inzwischen außer Kraft gesetzt werden. Auch die göttliche Vorsehung scheint sich nicht zu bestätigen. Nichts, aber auch gar nichts lässt vermuten, dass die politischen und sozialen Kräfteverhältnisse sich ohne unser Eingreifen für uns positiv entwickeln werden.

Es liegt auf der Hand, dass sämtliche gewerkschaftlichen Strukturen und Verbindungen sich eng an dieser heute unbedingt notwendigen Evaluierung beteiligen müssen.

Nico Cué
Generalsekretär