Ils osent tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît !

Le 10 octobre, la CGSP a marqué la rentrée politique du gouvernement Michel-N-VA par une grève fédérale à laquelle se sont joints de nombreux travailleurs du secteur privé. Cette initiative a libéré des pulsions éditoriales… maniaques ? Au Parlement, le Premier ministre se livrait, lui, à un exercice d’autosatisfaction pas moins étonnant… Revue de presse avec plumes, paillettes et petites bulles.

Edito de Nico Cué, 20/10/2017.

(siehe Deutsche Fassung unten)

 

«FGTB et CSC partagent les mêmes critiques (…) Mais la stratégie de l’une est «bête et méchante» tandis que l’autre se veut constructive. (…) Aux actions brutales de la FGTB, la CSC a toujours préféré la discussion au sein des organes de concertation.»[i] Le même éditorialiste de La Libre Belgique commentait déjà les actions de 2016 avec un regard aussi aigu et une égale finesse : «…aujourd’hui, la coupe est pleine. Il est impossible de percevoir la pertinence des actions syndicales sauvages décidées par quelques énergumènes wallons. Leur comportement est égoïste, antisocial, irresponsables ».[ii] La FGTB ? Des « brutes sauvages »… Et vous reprendrez bien une coupelle ?

Si belle persévérance dans l’aveuglement méritait bien un toast. D’autant que du côté de l’autre titre de « révérence », il y a, en la matière, de la compétition dans l’air voire de la surenchère.

« Le plus gros problème de la grève de ce jour n’est pas qu’elle ait lieu, mais que personne ne pourra vraiment dire qui la fait(…), avec quelles récriminations précises : le sous-investissement dans les services publics, l’âge de la pension, la fiscalité inégale, un peu de tout ça ? – et avec quelle finalité - faire changer le fédéral de politique, soutenir des partis d’opposition un peu faiblards ? »[iii] L’éditorialiste en chef du Soir nous explique ainsi que la presse n’aurait pas fait son boulot…  Et que ses lecteurs ne comprendraient rien à ce qui se passe ! Cet argument-là a déjà servi aussi. « Mais qui sait exactement, ce vendredi, pourquoi le pays est à l’arrêt ? »[iv], commentait-elle déjà l’année dernière. Champagne ?

De récents chiffres de l’audience de la presse quotidienne belge (CIM 2017) nous apprennent que la diffusion payante continue de s’effondrer même si l’audience des titres progresse. Le phénomène traduirait-il un divorce entre la qualité de l’information proposée et son… prix ? Dans un contexte de pensée unique à propos l’action syndicale, l’information se pare des allures « promotionnelles » pour les thèses patronales/gouvernementales. Les lecteurs ne payent pas pour la pub. Pourquoi le feraient-ils pour la propagande ?

Michel est content… de lui

A quelques jours du discours de Charles Michel à l’occasion de la rentrée parlementaire, le vice-Premier N-VA s’était livré à quelques commentaires artificiers. Morceaux choisis de Jambon. « Ce qui se passe, c’est que nous prouvons que la direction pour laquelle les Flamands votent, c’est le centre droit et que ça peut améliorer les choses. Le fédéral a une composition très proche du vote que les Flamands ont exprimé. Et plus éloigné de celle pour laquelle les Wallons ont voté. »[v] Entre les petits fours, il constate que sans le communautaire, les Wallons voteraient même pour la N-VA ! Hélas, trois fois hélas : « Si demain, le PTB arrive au pouvoir, il peut détricoter tout ce qu’on a fait. Mais la chance de voir l’extrême gauche arriver au pouvoir en Flandre est limitée. C’est pour cela que nous disons que si on transfère les compétences du fédéral au niveau des Régions, on est plus sûr que les Flamands aient la politique pour laquelle ils votent. C’est le raisonnement. » Et  pour les Bruxellois et les Wallons ?

Dans son discours sur l’Etat de l’Union, Charles Michel n’a évidemment rien répondu à ce sujet. Il gouverne avec les monticules de poussières communautaires sous le tapis. Il s’est plutôt livré à un exercice d’onanisme politique autour de son bilan à mi-parcours et de la concrétisation de sa «punch line» : « jobs, jobs, jobs ». Patatras, il a fini par se prendre les pieds dans la carpette ; s’est trompé sur la réalité du temps partiel ; s’est gonflé à l’hélium à propos l’amélioration du taux d’emploi des 20-64 ans qui serait passé de 67,3% en 2014 à 67,7% en 2016.  Une croissance de 0,4% que les travailleurs ont très chèrement payé. Tout ça pour ça ? Dans le même temps, cette augmentation était de 1,9% pour l’Union européenne, de 1,1% pour Bruxelles, de 0,8% pour la Wallonie mais de… 0,1% pour la Flandre.  « Nous prouvons que la direction pour laquelle les Flamands votent, c’est le centre droit et que ça peut améliorer les choses », qu’ils disaient. Ils osent décidément tout…

Nico Cué
Secrétaire général
 
[1] La Libre Belgique, 10 octobre 2017, « Réflexion sur l’action syndicale » par Francis Van de Woestyne.
[2] La Libre Belgique, 27 mai 2016, « Merci… » par Francis Van de Woestyne.
[3] Le Soir, 10 octobre 2017, « Une grève pour faire pschitt »,  par Béatrice Delvaux.
[4] Le Soir, 24 juin 2016, « Une grève étrange », par Béatrice Delvaux.
[5] Le Soir, 7 et 8 octobre 2017, « Si on abandonnait le communautaire, tous les Wallons voteraient pour nous ! », propos recueillis par Bernard Demonty et Martine Dubuisson.

 

Sie schrecken vor nichts zurück. Gerade daran erkennt man sie (Fortsetzung)

Am 10. Oktober organisierte die CGSP anlässlich des Wiederantritts der Michel-N-VA Regierung nach der Sommerpause einen Generalstreik gemeinsam mit zahlreichen Beschäftigten des Privatsektors. Diese Initiative löste manische redaktionelle Triebe aus.  Im Parlament leistete sich der Premier inzwischen einen nicht weniger erstaunlichen Akt der Selbstbefriedigung ... Presseschau mit Federn, Pailletten und Champagner.

« FGTB und CSC üben die gleiche Kritik (…) Aber die einen fahren eine « dumme und böse » Strategie während die anderen sich konstruktiv sehen. (…) Den brutalen Handlungen der FGTB zog CSC schon immer das Gespräch in den Konzertierungsstrukturen vor. »[i] Derselbe Redakteur von La Libre Belgique hat schon die Aktionen im Jahr 2016 genauso scharf und mit höchster Finesse kommentiert: « …jetzt ist das Maß voll. Die Relevanz der von einer Handvoll obskurer Wallonen wild beschlossenen Gewerkschaftsaktionen entzieht sich jeder Logik. Ihr Verhalten ist egoistisch, sozialfeindlich und unverantwortlich ».[ii] Die FGTB ? « Unberechenbare Grobiane »… Noch ein Sektgläschen?

Diese halsstarrige Verblendung verdient durchaus einen kleinen Toast, zumal ein regelrechter Wettkampf der Ehrerbietung zwischen den großen Tageszeitungen ausgebrochen ist.

« Das größte Problem mit dem heutigen Streik ist nicht dass er stattfindet, sondern dass niemand wirklich weiß, wer ihn durchführt (…), und aufgrund welcher Beanstandungen: mangelnde Investitionen in den öffentlichen Dienst, Renteneinstiegsalter, ungerechte Besteuerung, oder von allem etwas? – und mit welchem Ziel – die föderale Regierung zu einem Kurswechsel zwingen, die etwas geschwächten Oppositionsparteien unterstützen? »[iii] Der Chefredakteur der Zeitung Le Soir erklärt uns, die Presse habe ihre Arbeit nicht gut gemacht und den Lesern fehle jeder Durchblick! Dieses Argument haben wir auch schon mal gehört. « Wer weiß eigentlich am heutigen Freitag genau, warum das ganze Land lahmliegt? »[iv] kommentierte die Tageszeitung schon im letzten Jahr. Noch Sekt gefällig?

Aus der jüngsten Statistik (CIM 2017) geht hervor, dass die verkauften Auflagen sich trotz wachsender Leserschaft dieser Tageszeitungen stark rückläufig entwickeln. Ist dies etwa ein Anzeichen dafür, dass die Qualität der angebotenen Informationen sich immer weiter entfernt von ihrem ... Preis? Angesichts der einheitlichen Meinung über die Gewerkschaftsstreiks werden die Informationen als « Sonderaktionen » zur Bewerbung der Thesen von Arbeitgeber und Regierung verschleudert. Die Leser zahlen nicht für Werbung. Warum sollten sie für Propaganda zahlen?

Michel ist zufrieden… mit sich selbst

Einige Tage vor Charles Michels Rede anlässlich der Parlamentseröffnung ließ der Vize-Premier der N-VA ein paar hochentzündliche Kommentare vom Stapel. Einige ausgewählte Stücke aus Jambons Repertoire. « Was gerade passiert zeigt erneut, dass die Flamen begründet für das rechte Zentrum wählen, weil sie die Lage damit verbessern können. Die Zusammensetzung auf föderaler Ebene entspricht ziemlich genau dem flämischen Wahlergebnis und ist vom wallonischen weiter entfernt. »[v] Zwischen den leckeren Häppchen macht er die Feststellung, die Wallonen würden ohne die Gemeinschaften sogar selbst für die N-VA wählen! Aber schade: « Wenn morgen die PTB an die Macht käme, könnte sie alles wieder aufschnüren, was wir gemacht haben. Aber die Chance, dass die extreme Linke in Flandern Fuß fasst ist schwindend gering. Wenn die Befugnisse von der föderalen auf die regionale Ebene übertragen würden, könnten die Flamen sich also eher darauf verlassen, dass die Politik umgesetzt wird, für die sie gewählt haben. So lautet die Argumentation. » Und was ist mit den Brüsselern und den Wallonen?  

In seiner Rede über die Lage der Union hat Charles Michel natürlich keine Antwort auf diese Frage gegeben. Er regiert und fegt den gemeinschaftlichen Staub unter den Teppich. Er schwärmt lieber selbstzufrieden von seiner Halbzeitbilanz und der Verwirklichung seiner « Punch Line »: « Jobs, Jobs, Jobs ». Huch da ist er doch tatsächlich über den Teppich gestolpert; hat die Realität der Teilzeitbeschäftigung verkannt; hat sein Pfauenrad schillernd um die verbesserte Beschäftigungsquote der 20-64-Jährigen entfaltet – offenbar von 67,3% im Jahr 2014 angestiegen auf 67,7% im Jahr 2016.  Ein Wachstum von 0,4% das die Beschäftigten teuer bezahlt haben. So viel Aufhebens wofür? Im selben Zeitraum betrug die entsprechende Wachstumsrate 1,9% in der Europäischen Union, 1,1% in Brüssel,  0,8% in Wallonien aber nur … 0,1% in Flandern.  « Dies zeigt erneut, dass die Flamen begründet für das rechte Zentrum wählen, weil sie die Lage damit verbessern können», oder so. Sie schrecken wirklich vor nichts zurück…

Nico Cué
Generalsekretär

 

[1] La Libre Belgique, 10. Oktober 2017, « Réflexion sur l’action syndicale » von Francis Van de Woestyne.

[1] La Libre Belgique, 27. Mai 2016, « Merci… » von Francis Van de Woestyne.

[1] Le Soir, 10. Oktober 2017, « Une grève pour faire pschitt » von Béatrice Delvaux.

[1] Le Soir, 24. Juni 2016, « Une grève étrange » von Béatrice Delvaux.

[1] Le Soir, 7. und 8. Oktober 2017, « Si on abandonnait le communautaire, tous les Wallons voteraient pour nous ! » das Gespräch führten Bernard Demonty und Martine Dubuisson.